Watatu : portrait d’une jeunesse kenyane déboussolée

Nick Reding, ancien acteur britannique, a tout plaqué il y a 15 ans pour le Kenya où il a fondé l’ONG S.A.F.E Kenya. Avec son association, il a écrit et réalisé Watatu, un film sur le radicalisme islamique au Kenya. Il dresse le portrait de Youssouf, un jeune musulman discriminé et plein de rancœur. 

Les couleurs vives des maisons et des vêtements, et les sourires des habitants de Mombasa (ville portuaire du Sud du Kenya) tranchent avec la gravité du thème abordé par Nick Reding. La joie de vivre de Salim malgré sa soumission à sa belle-mère, fait ressortir le caractère sombre de son neveu Youssouf, influencé par les radicaux islamistes. S.A.F.E met en scène les diverses communautés de Mombasa. Salim, sa femme et sa belle-mère représentent les populations côtières, à majorité musulmane. Leurs voisins, Jack – un policier et ami de Salim – sa femme et sa belle-mère sont des chrétiens venus de Nairobi, la capitale. Le réalisateur britannique décrit les tensions à l’œuvre dans la société kényane entre chrétiens et musulmans, et peut-être surtout entre habitants des villes côtières et ceux des hauteurs. Youssouf représente cette jeunesse en perdition et en colère contre un gouvernement qui ne les comprend plus. Pire, « le gouvernement a abandonné les jeunes musulmans du pays » selon Nick Reding. Victimes de discriminations et de violences policières, certains se tournent alors vers le radicalisme islamique. Ces tensions atteignent leur paroxysme avec l’attaque d’une église qui amène Youssouf à commettre l’irréparable.

Une fiction pleine d’espoir

Mais la surprise  vient surtout du format atypique du film. Au milieu de la fiction, les spectateurs sont interrompus par une foule d’habitants de Mombasa venus assister à une pièce de théâtre. Il s’agit en réalité du scénario de Watatu, joué par les acteurs du film. A la fin de la représentation, ils font participer les spectateurs en leur posant une question simple : comment empêcher la radicalisation de Youssouf ? Un Salim moins soumis et plus compréhensif, une mère et une sœur davantage à l’écoute sont autant de solutions évoquées. Ultime rebondissement : un retour en arrière transporte les spectateurs avant l’attaque de l’église. Les acteurs mettent en pratique les conseils de la population et le dénouement s’en trouve modifié. Les proches de Youssouf, plus à l’écoute et ouverts à la discussion, parviennent à le ramener dans le droit chemin. « Ce que souhaitent les jeunes c’est d’être écouté, confie Nick Reding. Pendant les ateliers que nous organisons avec l’association, nous voyons leur colère mais à la fin de la journée, ils ont souvent évolué sur leurs positions  »

Loin de l’atmosphère pesante souvent caractéristique des films sur la radicalisation, Watatu est au contraire porteur d’espoir. Une fiction  dépaysante donc, qui force le spectateur à devenir acteur.

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