Enquête : combien coûte un documentaire ?

Quel est le prix moyen d’un documentaire ? Qui le finance et comment ? Y’a-t-il aujourd’hui de nouveaux acteurs qui prennent part au financement ? À l’occasion du Fipa de Biarritz , nous sommes partis à la rencontre des nombreux producteurs, diffuseurs et distributeurs présents au festival afin d’en savoir un peu plus sur le financement des documentaires dans un contexte économique difficile.

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Entre 120 000 et 150 000 euros

Évidemment, le coût d’un documentaire dépend d’une multitude de facteurs comme la durée du documentaire, le(s) lieu(x) de tournage, les droits d’auteurs, l’inclusion ou non d’archives, le matériel, les acteurs, etc. Mais globalement, pour un documentaire de 52 minutes, les personnes interrogées à l’occasion de notre enquête (liste à retrouver en bas de l’article) s’accordent à dire que le coût moyen d’un documentaire se situe entre 120 000 et 150 000 euros, 40% de cette somme étant absorbée par le personnel (journalistes, acteurs pour doublage, monteurs, techniciens). Le producteur conserve en moyenne 5% du montant total du projet, selon Vincent Gazaigne, producteur-gérant de la société Talweg Production.

Qui finance le projet ?

« Beaucoup d’acteurs différents interviennent », explique Jean-Pierre Bozon, producteur-réalisateur. « Je dirais que le diffuseur finance le projet à hauteur de 30 à 40%. Nous avons ensuite des aides publiques venant du Centre National du Cinéma (CNC), du PROCIREP (Société des producteurs de cinéma et de télévision), et de la région. Le producteur finance environ 10% du projet, mais là encore, cela varie beaucoup ». Véronique Radovic, productrice de documentaire d’histoire, de sciences et de société, ajoute qu’aujourd’hui, « il faut savoir trouver des financements privés. L’argent se fait de plus en plus rare, les critères d’éligibilité du CNC sont de plus en plus stricts ». Nina Beliavera, productrice également, partage cet avis.  » Depuis quelques années on tente de trouver une partie des fonds en sollicitant des fondations, des sponsors ou encore en remportant des prix ». Enfin, un certain nombre de producteurs se tournent vers les coproductions pour financer leur projet, comme nous l’explique Lydie Fenech. « On essaie de collaborer avec les autres pays de la francophonie comme le Canada ou la Belgique, faute de moyen en France ».

Petits producteurs vs gros producteurs ?

Quelques producteurs ont des mots durs à l’égard du CNC et des diffuseurs concernant le financement de documentaire. « Les chaînes de télévision privilégient les grosses productions, et cela se fait forcément au détriment des petits producteurs », analyse l’un d’entre-d’eux, souhaitant rester anonyme. « Les diffuseurs jouent avec nos émotions. Ils savent que l’on a passé énormément de temps à faire notre documentaire, et que l’on va tout faire pour que notre projet soit diffusé ». Un autre producteur, souhaitant aussi garder l’anonymat, s’en prend au CNC et à sa réforme du COSIP (Compte de Soutien aux Industries de Programme), qui vise à développer la création audiovisuelle. « Le relèvement du seuil annuel d’ouverture d’un compte automatique de 50 000 à 70 000 € est une mauvaise chose pour les petits producteurs, forcément ». En effet, depuis janvier 2014, un projet de documentaire devait être estimé à 70 000 euros pour déclencher une aide automatique du CNC contre 50 000 euros auparavent. Le producteur poursuit :  » J’ai l’impression que l’institution essaie de favoriser les grandes productions qui rapportent plus d’argent, alors que le CNC doit garder des objectifs quantitatifs et non pas qualitatifs ».

Producteur, diffuseur : qui est le roi ?

Un certain rapport de force existe-t-il entre les producteurs et les diffuseurs ? Pour bon nombre de producteurs, comme Pauline Merveille, le diffuseur est le roi. « Forcément, quand vous êtes un petit producteur et que vous négociez avec les grandes chaînes comme France 2 ou Arte, vous n’êtes pas en position de force ». Surpris quand on lui demande si le diffuseur est roi dans le monde de la production, Christophe Assezat, responsable Jeunesses et Documentaires pour TV5 Monde, ne comprend pas vraiment cette approche : « Il n’y pas de rapport de force entre les producteurs et les diffuseurs. C’est une collaboration. Ils ont besoin de nous évidemment, mais sans eux nous ne serions pas grand chose ! ».

Connor Owens

*Personnes interrogés pour l’enquête :

Christophe Assezat, responsable Jeunesses et documentaires (TV5 Monde)
Nina Beliaeva, productrice-réalisatrice (Betula production)
Yves Bigot, directeur général (TV5 Monde)
Jean-Pierre Bozon, producteur-réalisateur (Betula production)
Rémi Dupouy, auteur et reporter naturaliste (indépendant)
Lydie Fenech, productrice-réalisatrice, CEO du Pôle Media Grand Paris
Vincent Gazaigne, producteur gérant (Talweg production)
Bertrand Lossignol, directeur des ventes et des acquisitions (Terranoa)
Pauline Merveille, productrice (Jimage)
Véronique Radovic, productrice (Doc&Roll Film production)

Ainsi que 7 autres personnes souhaitant rester anonymes.

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