La série « Guyane » réussit son pari

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Mathieu Spinosi, le Brestois de 26 ans, que l’on n’avait pas vu sur le petit écran depuis qu’il a arrêté la série française Clem, est à l’affiche de Guyane dans le rôle de Vincent Ogier, étudiant de vingt ans. Jugé médiocre et fainéant par son école il est envoyé en stage de l’autre côté de l’Atlantique. Sa rencontre avec Antoine Serra va changer sa vie d’étudiant, en malfrat. Immersion dans ce qui pourrait être la série française à succès de l’année.

Ecrite par Fabien Nury, réalisée par Kim Chapiron et produite par Bénédicte Lesage, la série est d’ores et déjà diffusée sur Canal+ et comptera 8 épisodes de 52 minutes. Au Fipa, nous avons vu les deux premiers. Comme son nom l’indique, l’histoire se déroule en Guyane, dans la forêt amazonienne qui s’étale sur 95% du territoire. La tension est présente dès la première seconde. La réalisation va à l’essentiel, la durée des plans est calculée : le spectateur ne doit pas avoir le temps de s’ennuyer. Mais il est parfois essentiel de laisser au spectateur la liberté de souffler et de se délecter de chaque image. Ici cela va vite et ne permet pas suffisamment, dans les moments clefs, de se laisser submerger par les émotions.

Le candide Vincent 

La levée de rideau s’effectue sur un travelling arrière montrant le jeune Vincent Ogier dans les couloirs de son école, se dirigeant vers le bureau de la directrice. Le résultat est sans appel : le stage, ou « le bagne » est une offre qu’il ne peut qu’accepter s’il souhaite conserver sa place à l’Ecole des Mines. Arrivé en Guyane, il se fait apprenti chercheur d’or pour l’entreprise Cayenor, auprès d’un dénommé Merlot, qui lui apprend les ficelles du métier. Mais lorsque ce dernier se fait assassiner, il se tourne vers Antoine Serra, ancien marine ayant servi avec son père, qui fait office de chef dans la région, aussi bien par son argent, que sa position. Il est à ce moment déjà trop tard pour reculer. Pas très assuré, Vincent va au devant des risques un peu naïvement. Intrépide et avide d’argent, il créé avec Antoine une entreprise de vente de fruit (fictive) afin de masquer leur véritable affaire : la recherche du mythique filon d’or Sarah Besnard.

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Vincent Ogier, à son arrivée en Guyane

Du haut de ses 20 ans, il va au devant des situations les plus périlleuses. Il entame une nouvelle vie, bien loin de celle qu’il vivait à Paris. Entre agressions, menaces et meurtres, la drogue et les prostituées font pâles figures. Vincent Ogier plonge dans ce nouveau monde, bien loin de sa zone de confort habituelle. Mathieu Spinosi donne vie au personnage, avec une force et des choix d’adulte, pourtant contrebalancés par un langage encore très adolescent. La prestation est très bien réussie et promet pour la suite des épisodes.

Une série réaliste, pour Canal+

Angoissante par son immensité et surtout par tout ce qu’elle dissimule, animaux, peuples amazoniens et criminels en quête d’un trésor, la forêt se trouve au centre de l’histoire et sans elle, la chasse à l’or n’aurait plus de sens. Le réalisateur en fait un personnage à part entière. Elle vit, grâce aux sons, grâce aux mouvements du vent dans les arbres…

Quand la forêt est une perle, le décor du village ne l’est pas moins. Le bar que tient Antoine , par exemple, en est la preuve, simple, en bois, il se marie à la perfection avec l’environnement, splendide. Mais c’est aussi le lieu de travail des prostituées du coin, lieu de débauche et de détente. Kim Chapiron et Fabien Nury ont développé une manière de tourner qui rend hommage à ces décors naturels.

La forêt est dangeureuse, le village l’est tout autant, une violence relayée par la musique, souvent présente alors que dans la forêt le bruit est constant. Elle n’est ajoutée que pour étouffer encore plus le spectateur, qui sur son siège s’attend au pire.

Le spectateur ne sait pas à qui il peut faire confiance. Tous les personnages inspirent l’empathie, mais tous excellent dans l’art du mensonge.

Le règne des blancs 

La Guyane a beau être une région française, elle est le terrain d’affrontements entre les locaux et les blancs. D’autant que ces derniers sont souvent ceux qui dirigent. Exploités ou violents, les Guyanais ont le mauvais rôle, tandis que les blancs étalent leur richesse au vu et au su de tous. Que ce soit l’entreprise Cayenor, Antoine, Vicent tout droit sorti d’une grande école, ou bien même Nathalie, humanitaire qui tient le poste de shériff et de médecin du village, pas une seule grande figure de l’histoire n’est guyanaise. Enfin, si, une seule, Louis, le bras droit d’Antoine, qui a le sang chaud et fait le sale boulot. Rien n’y change, pas même les années, une hiérarchisation est sans cesse présente dans les esprits, hiérarchie qui prône une fois de plus la force des Blancs. Dans des rues pauvres cernées d’habitations vétustes, les hélicoptères ou les grosse voitures semblent sortir de la science fiction. Un stéréotype qui est bien loin d’être le seul.

La série créée par Canal+ respecte tout de même les attentes, réaliste, elle met l’aventure au centre d’un tout très bien réalisé. Le scénario lui-même, fondé sur de nombreuses péripéties, « est constitué d’aventure en terme d’imaginaire » confie Bénédicte Lesage à la suite de la projection. Les comédiens sont convaincants, avec une mention spéciale pour Olivier Rabourdin qui joue le rôle d’Antoine Serra.

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