Africa Sound System

Le 2 août 1997 s’éteignait Fela Kuti, icône musicale nigérian et activiste politique. 20 ans plus tard comment a évolué la musique africaine ? Lamin Daniel Jadama, Lars Lovén et Göran Hugo Olsson sont partis sur les traces des héritiers du créateur de l’afrobeat, afin de percer la révolution musicale que traverse le continent. Loin de l’image traditionnelle que l’on se fait des rythmes africains, Fonko nous entraîne dans un tourbillon de rythmes, de Dakar à Johannesburg. 

Des tam-tams, un djembé, et des voix rauques, voilà résumé en quelques mots l’idée que nombre d’entre nous se font de la musique africaine. Encore accrochée aux représentations post-coloniales, celle-ci pâtit, au-delà de ses frontières, d’un cruel manque d’actualisation. Face à ce constat, ces 3 réalisateurs, l’un Suisse, l’autre Suédois et le dernier, Allemand, ont traversé le continent à la recherche de la nouvelle scène musicale africaine. Au fil de leurs rencontres, c’est une véritable révolution musicale qu’ils nous présentent. Alliant héritage traditionnel et nouvelles influences de la mondialisation, la jeunesse urbaine africaine regorge de talents. Leurs sons germent dans les ghettos et les townships des grandes villes, malgré la rareté des ressources et le manque de matériel. Avec les moyens qu’ils possèdent, ils détournent les logiciels, trouvent des astuces, contournent les barrières technologiques, pour faire de la musique. Un  besoin universel qui permet à chacun de s’extraire de son quotidien. A travers leurs morceaux, ces jeunes artistes racontent leur histoire, abordent des sujets encore tabous et se font les portes voix de la jeunesse de leur pays. Derrière les paroles, les buts sont multiples et divergent selon les pays.

Une mosaïque musicale

En effet, Fonko va à contre-courant de la représentation homogène que l’Occident se fait de l’Afrique. Trop souvent associé à un ensemble uniforme, le continent respire la diversité. C’est cette mosaïque de cultures, d’histoires, de coutumes différentes qui se retrouvent dans la musique. Fonko propose, au-delà des sons, une réflexion sur la sociologie de l’Afrique, quelles réalités recouvrent-elle et quelle unité défend-elle ? Six grands pays du groove nous sont présentés, chacun avec ses caractéristiques et son style propres, nous entraînant dans un tourbillon musical.

Wanlov the Kubulor

Au Ghana, nous découvrons Wanlov the Kubulor et ses textes qui prônent le changement , entend éveiller les consciences vers une société meilleure et plus égalitaire. Son style gipsy et root lui donne une forte identité visuelle qui inspire la jeune génération ghanéenne. En concurrence avec le voisin Nigéria, les artistes ghanéens mélangent des influences européennes avec leur propre tradition musicale. A l’inverse, leurs concurrents militent pour une musique 100% Afro, créée, produite et diffusée exclusivement sur leurs terres. La langue est un élément constitutif de l’identité de chacun, puisque les ghanéens attachent une importance particulière à chanter en anglais « pidgin », celui du peuple, parlé dans les rues. Au Sénégal, la star PPS The Writah rappe en wolof, même s’il sous-titre ses clips en anglais.

L’Angola, ancienne colonie portugaise, se différencie par son fameux « kuduro », aux rythmes bien plus électro et entraînants. Il est associé à une danse provocante et sexy des femmes, le twerk, basée sur des mouvements hachés et saccadés du corps.  Puis, nous pénétrons à Johannesburg. Sa musique, construite sur les vestiges de l’Apartheid est à l’image de ses quartiers qui séparent toujours les populations noires et blanches. Les réalisateurs donnent alors la parole à Hugh Masekela, star du jazz et autrefois militant pour la libération de Mandela. Auteur de succès mondiaux, il déclare « on ne peut pas opprimer la musique ».

« La musique comme une arme »

Fela Kurti, chanteur nigérian, est le narrateur de Fonko

En effet, c’est bien ce pouvoir libérateur que porte haut la musique africaine, dénonçant l’oppression politique dans des régimes autoritaires. Ainsi, nous arrivons au Burkina-Faso où plusieurs artistes commémorent à travers leurs chansons la mémoire de l’ancien président Thomas Sankara, assassiné en 1987 par son successeur Blaise Compaoré. Aussi, la musique africaine prend une toute autre dimension, portée par la narration de Fela Kuti. En effet, tout au long du film, les réalisateurs ont choisi plusieurs passages d’interviews de l’artiste nigérian réalisés dans les années 70, qui guident le spectateur de pays en pays. En plus de sa voix, ses mots sont projetés à l’écran pour mieux impacter le spectateur. Ils proposent une réflexion critique sur le rôle de la musique dans un continent où la démocratie, que Fela Kuti associe en anglais à demo-crazy (folie, manie de la démocratie), est régulièrement bafouée. Considérée comme un contre-pouvoir, la musique devient « une arme, une arme de l’avenir ». A l’heure où les kalachnikovs régissent trop souvent l’avenir des populations africains, Fonko et ses rythmes se dressent comme un rempart pacifique.

 

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Auteur : Lucie Lardé

Etudiante à Sciences Po Bordeaux, je suis passionnée de sports et débute dans le journalisme.

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