Inkotanyi : regards sur le génocide des Tutsis au Rwanda

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Qui sont les Inkotanyi ? Cette rébellion a mis fin au génocide des Tutsis au Rwanda et pourtant son rôle est encore peu connu dans le monde occidental. Christophe Cotteret, documentariste français et spécialiste du monde arabe, est parti sur leurs traces. Un documentaire de deux heures qui raconte leur histoire, celle d’un drame qui a déchiré un pays.

Des chants de guerre rwandais en fond sonore, des soldats qui dansent et Paul Kagame, président du Rwanda, qui s’écrit devant la foule : « personne n’a le droit de nous mépriser ». Telles sont les premières images d’Inkotanyi. Christophe Cotteret nous plonge dans l’univers de ces soldats Tutsis, membres du Front patriotique rwandais (FPR), ayant mis un terme au génocide qui a fait un million de morts au Rwanda d’avril à juillet 1994.  « J’ai une amie Burundaise qui m’a invité dans la région au moment des commémoration du génocide, en 2014, glisse le réalisateur français. J’ai appris l’existence des Inkotanyi alors j’ai cherché un peu pour voir si des choses avaient été faites sur eux mais je n’ai rien trouvé ». Christophe Cotteret nous embarque alors dans un voyage à travers ce petit pays de la région des Grands Lacs. Il part sur les traces de ces Tutsis forcés à l’exil en 1959 et réfugiés pour la plupart en Ouganda, où ils fondent le FPR en 1987.  Quand ils décident de rentrer au Rwanda en 1990, une guerre civile éclate avec l’Etat rwandais alors dirigé par Juvénal Habyarimana. Le documentaire est divisé en six parties et s’attache à couvrir, en plus des événements de 1994, les prémices mais aussi les suites de ce drame. Des images d’archives des Inkotanyi les montrent torses nus, en pleine préparation pour le conflit qui les attend. Sans tomber dans le misérabilisme, d’autres témoignent de la violence de ce massacre qui a duré cent jours.

Parole aux Inkotanyi

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Christophe Cotteret, réalisateur d’Inkotanyi

Le pari du réalisateur était surtout de donner la parole aux officiers Inkotanyi dont Paul Kagame, qui a pris leur tête au début de la guerre civile. Peu habitués à se livrer, surtout à un français, « ce fut un dur combat », de leur faire accepter le projet, selon Christophe Cotteret. Depuis la fin du génocide, la thèse du « double génocide » a émergé, mettant sur un pied d’égalité le génocide et les exactions commises par certains membres du FPR à la fin du conflit. Un contentieux oppose également le gouvernement rwandais actuel et la France, au sujet de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président rwandais de l’époque, élément déclencheur du génocide. En France le juge Bruguière, chargé de ce dossier, avait accusé l’actuel président rwandais d’avoir ordonné cette attaque. Mais l’investigation, menée seulement dans un sens, avait été confiée en 2008 à un nouveau juge, Marc Trévidic,  qui avait infirmé certaines des conclusions de son prédécesseur. Les relations tendues entre la France et le Rwanda n’ont donc pas aidé le réalisateur : « je suis allé voir la présidence rwandaise pour leur présenter mon projet mais ils étaient un peu sceptique. Cela a pris un an et demi. Ils ne voulaient pas savoir si ce serait positif ou non mais ils se méfient beaucoup des médias ».  Finalement, après avoir vérifié sa démarche, les officiels rwandais ont accepté et « les portes ont commencé à s’ouvrir », d’après Christophe Cotteret. Il a alors pu construire son documentaire à partir d’un travail de recherche d’un an, d’interviews et d’images d’archives. Chacun de ses interlocuteurs nous emmènent sur un lieu caractéristique du génocide comme une école qui accueillait des réfugiés ou une place du marché qui fut le théâtre d’un massacre. En plus des membres du FPR, plusieurs autres personnalités témoignent comme Yoweri Museveni, président de l’Ouganda, ou encore Paul Rwarakabje, ancien allié de Juvénal Habyarimana. Christophe Cotteret tente donc d’apporter plusieurs points de vue malgré sa « bienveillance pour le Rwanda », comme il le dit lui-même.

 « Le documentariste n’est pas neutre, je porte des convictions, ajoute-t-il. Mais on a vérifié les faits, interrogé les gens et je me suis rendu compte qu’ils n’étaient pas en train de travestir les faits. Ils m’expliquaient leur histoire et c’est cela qui m’intéressait ». 

« Le génocide a eu lieu avec le soutien diplomatique de la France »

Des images de François Mitterrand, dans la même voiture que Juvénal Habyarimana rappellent l’implication de la France dans ce conflit. Sans en être le thème principal, l’action française au Rwanda est évoquée. « Le génocide a eu lieu avec le soutien diplomatique de la France », dénonce Christophe Cotteret. Il est allé à la rencontre d’anciens militaires français pour avoir leur vision de l’histoire, notamment concernant l’opération Turquoise. Défendue comme une intervention humanitaire, elle est lancée en juin 1994 alors que 75% des Tutsis ont déjà été éliminés. « J’ai voulu savoir si on avait affaire, du côté des responsables militaires français, à des idéologues ou s’ils étaient dans une autre logique. J’ai le sentiment qu’on est plutôt dans une autre logique », précise le réalisateur. Et de s’interroger : « les militaires sont censés obéir à des ordres politiques donc pourquoi il y a eu cette politique de certains responsables français ? ». Il vise ici Alain Juppé et Hubert Védrine, accusés dans le documentaire d’avoir voulu contraindre Paul Kagame et ses troupes. Guillaume Ancel, ancien soldat, témoigne dans Inkotanyi : « on ne devait pas s’occuper des réfugiés, c’était une opération de force ». L’opération Turquoise aurait alors été une couverture pour une intervention armée, en soutien aux Hutus.  Des documents ont toutefois été déclassifiés par François Hollande, pour tenter de faire la lumière sur cette affaire. Mais ils n’apporteraient pas réellement de réponses.

« Il y a toujours des documents classés secret défense sur l’opération turquoise. Secret défense sur une opération humanitaire ? », s’étonne Christophe Cotteret.

Inkotanyi  risque donc de faire parler de lui. Mais le réalisateur voulait avant tout permettre à ces soldats Tutsis, dont le rôle est peu connu en France, de donner leur version des faits. Il évoque aussi la question du vivre ensemble quand un drame terrible divise une population. Sans donner de leçons, Inkotanyi nous amène à réfléchir sur le dernier génocide du XXe siècle.

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