Un combat humain

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Crédit photo Photomobile/2017

Tout prend son sens, rien que dans le titre Angry Inuk que l’on traduirait en français par « Inuk en colère ». Indignation, qui semble au vu de certains éléments, pleine de sens.

Qu’elle soit derrière ou devant la caméra, bien qu’elle ne le « recommande pas », parce que bien trop difficile, Alethea Arnaquq-Baril, la réalisatrice, ne perd pas son objectif de vue : faire reconnaître les droits, trop longtemps sous-estimés, des Inuits. Pour ce faire, huit ans auront été nécessaires. Elle a du se battre « des années pour trouver des fonds » : son documentaire étant « sujet à controverse, il a été difficile de convaincre la télévision, les diffuseurs de s’engager ».  D’une réalisation impeccable à un travail d’enquête digne des plus grands journalistes, Angry Inuk, nous plonge dans l’univers d’une population méconnue.

Aujourd’hui, dès que l’on prononce les mots « chasse au phoque », des élans de révolte naissent de la population, menée par les associations de défense des animaux. En première ligne, on retrouve International Fund for Animal Welfare (IFAW), Greenpeace, Humane Society International (HSI) ou encore People for the Ethical Treatment of Animals (PETA). Cependant, la chasse au phoque reste une pratique très répandue au Canada, en Russie, dans les régions de Nunavut ou d’Alaska. C’est un phénomène courant, qui plonge pourtant les Inuits dans la difficulté : considérés comme coupables de toutes les chasses, ils portent sur leur dos l’action de milliers de personnes. C’est pour cette raison que la réalisatrice a décidé de plaider pour la vérité. Dans son documentaire, elle ose prendre la parole : « Je vois une économie nourrie par la chasse au phoque ». Ceci dit, malgré ses origines inuits et son combat pour que la chasse ne soit pas interdite, elle a tenté de montrer le point de vue des occidentaux. « J’ai vraiment essayé », répond-elle à notre micro, lors d’une interview au Fipa. « J’ai passé beaucoup de temps à essayer de joindre les organisateurs des associations de défense des animaux, ils m’ont juste ignorée, ont prétendu que je n’existais pas. »

Un besoin de reconnaissance

angry-inuk-2Un habitant du Nunavut, prénommé Dettrick se confie dans le documentaire : « Nous existons en ce monde ». Cette phrase retrace un profond mal-être qui laisse comprendre que les Inuits cherchent tout simplement à être considérés. Leur combat qui prend sa source dès 1993, quand le Nunavut demande son indépendance au Canada, et se perpétue notamment depuis 2009 lorsque le Parlement européen a prohibé le commerce de produits dérivés du phoque. Cette close s’appliquait partiellement aux Inuits, mais a tout de même réduit la vente de ces produits à une plus petite échelle afin d’assurer une gestion durable des ressources marines.

Une décision arbitraire

Le 5 mai 2009, le Comité du Parlement européen a donc voté cette interdiction à 550 voix, contre 49. Cependant, comme l’expriment les différents témoignages, nul n’a demandé leur avis aux Inuits, pourtant premiers concernés et pourtant présents dans la salle au moment du verdict. On entend même dans le documentaire « ceux qui votent ne font pas leur travail ». Joshua, présent dans l’assemblée rajoute devant la caméra d’Alethea : « Ils ne comprennent pas nos vies ici, je ne comprends pas leur vie en Europe ». Alors pourquoi s’évertuer à prendre des décisions pour des populations d’un continent différent ? Pourquoi le Parlement européen aurait-il droit au dernier mot ? Alethea apporte une réponse à cette question : « Apparemment, la chasse au phoque offense les européens. »

Une interdiction qui met le peuple en danger

Avec cette interdiction, c’est tout leur système de survie qui est touché. Tout d’abord, la chasse importe pour leur survie : les habitants se nourrissent principalement de viande de phoque. Cela se comprend lorsque l’on regarde les prix affichés dans les supermarchés : 82 dollars le pack de douze canettes de Schweppes. Il n’y a rien à rajouter. Tandis que le phoque représente une nourriture « fraîche, locale et organique » selon la réalisatrice. Mais la chasse leur procure également un certain niveau de vie. En effet, la vente de peaux de phoque était juste suffisante pour pouvoir payer le gasoil qu’ils mettent dans les moto-neige, qu’ils utilisent justement pour aller chasser. Un cercle vicieux, qui met en branle toute la chaîne de survie de ce peuple. Alors, lorsque l’interdiction est apparue, la baisse du prix des peaux s’est vite fait ressentir, passant de 100 dollars à 10 dollars la fourrure.

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Les réponses à cette interdiction

A l’occasion d’une manifestation de l’IFAW à Toronto, au Canada, la réalisatrice a l’idée de se rendre sur place avec un groupe d’étudiants et quelques membres de Hunters and Trappers Association (« Association des chasseurs et des trappeurs ») afin de rencontrer ceux qui militent pour la fin de la chasse et pour créer un mouvement d’opposition. Les messages que dévoilent les pancartes témoignent d’une volonté de remettre les choses dans leur contexte : « Nous le mangeons. Nous le portons. Nous l’aimons. Nous ne gâchons pas ». Elles sont accompagnées des slogans tels que « We eat seal, not a big deal », traduisibles par « Nous mangeons du phoque, il n’y a pas de quoi en faire un plat ». C’est à cette occasion que la réalisatrice a pu conforter ses positions concernant la chasse au phoque. Interrogée par un journaliste, elle se livre « Croyez-le ou non, nous sommes du même côté », sous-entendu, nous voulons aussi protéger les phoques, on a besoin d’eux pour exister, nous ne les maltraitons pas.

Des associations qui se servent de la population Inuit

C’est pou16296007_1379693012093882_2103094796_nrtant ce qu’ont l’air de croire les différentes associations de défense des animaux. La réalisatrice a essayé à plusieurs reprises de prendre contact avec des représentants de ces différents organismes, sans réussite. Un contact aurait cependant évité les campagnes publicitaires qui ont mis à mal l’économie du Nunavut. Des campagnes publicitaires largement influencées par des personnalités telles que Brigitte Bardot qui ira droit au but le 20 mars 1977 : « Canadiens, assassins ! ». De nombreuses associations utilisent l’image du bébé phoque, figure attendrissante, pour sensibiliser à la cause animale, et affichent les Inuits en bourreaux.

Les Inuits ont finalement obtenu en 2014, une autorisation pour « vendre des produits dérivés du phoque dans l’Union européenne » grâce à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a contesté les résolutions de 2009, expliquant qu’elles avaient des effets discriminatoires sur les populations du Nunavut et du Groenland. Toutefois, deux conditions subsistent : ils doivent respecter le bien-être des animaux et la chasse ne doit pas dépasser leurs besoins. Pour la réalisatrice, il est temps « de mettre en place un nouveau modèle de défense des animaux ». Elle ajoute « j’espère que le monde comprendra que nous, en tant qu’Inuit, devrions en faire partie. »

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