Présenter un documentaire : quels changements en période d’élections ?

Ces derniers mois, France 3 nous a proposé plusieurs documentaires politiques. Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, Marine Le Pen ou encore les candidats à la primaire de la droite, tout le monde y est passé. Mais quel est le rôle des documentaires dans une période de campagne électorale ? Les sujets politiques éclipsent-ils les autres sujets ? Nous avons rencontré des producteurs et réalisateurs de documentaires ainsi que des responsables de chaînes.

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Des documentaires politiques plus nombreux en période électorale 

Logiquement, une période de campagne électorale implique de nombreux documentaires politiques. « Les programmations tiennent compte des échéances électorales » explique Catherine Ulmer, documentariste. Mais un documentaire est long à réaliser, 6 à 12 mois sont nécessaires. Le choix de faire un documentaire politique se fait donc bien en amont de l’actualité. « Dès mai-juin 2016, les responsables des documentaires, les responsables de chaînes, s’intéressent à des sujets qui pourraient être diffusés pendant la période électorale » selon Olivier Roncin, producteur. Ce décalage entre le lancement de projet et la diffusion finale peut poser problème notamment en cas d’actualité imprévue. France 3 aurait aimé parler de la primaire de gauche mais « quand ils ont décidé de l’enclencher, c’était trop tard » déplore Dana Hastier, directrice de l’Antenne et des Programmes de cette chaîne.

Réaliser un documentaire politique en période électorale est beaucoup plus difficile. « Tout l’accès aux hommes politiques est vraiment verrouillé par les conseillers en communication, vous avez deux minutes dans tel contexte, les caméras et les photographes sont tenus à distance… » ce qui complique le travail de journalistes regrette Anne Georget, présidente d’une société d’auteurs-réalisateurs de documentaires.  Certains hommes politiques refusent toute interaction avec des journalistes. C’est par exemple le cas de Beppe Grillo en Italie qui ne parle à aucun journaliste italien. Lise Birk Pedersen, réalisatrice d’un film sur cet homme politique italien, n’a pu avoir accès à lui que parce qu’elle n’était pas italienne.

Mais les documentaires politiques ont un grand problème : ils sont difficiles à exporter. Ils concernent souvent un parti politique ou un homme politique dans un pays particulier. Faire un documentaire politique c’est alors le risque de ne parler qu’aux spectateurs de ces pays. La responsable du développement et de la production des films documentaires pour HBO Europe (cela concerne 19 pays), Hanka Kastelicova avoue ne pas être intéressée par ce format. « Les documentaires politiques ne sont pas notre priorité […] On peut avoir des films sur les campagnes politiques mais je pense qu’il y a des choses beaucoup plus intéressantes à montrer » avoue-t-elle.

L’impossible équation du temps de parole

La question du temps de parole complique fortement le travail des documentaristes. Hors des campagnes présidentielles, le CSA s’attache à ce que les temps de paroles « correspondent aux équilibres démocratiques nationaux ». En période électorale, il y a d’abord le temps d’équité (pour 2017 : du 1er février au 10 avril, date de début de la campagne officielle) puis le temps d’égalité (du 10 avril au 7 mai, le second tour de l’élection présidentielle). Pendant le principe d’équité, les temps de parole ou d’antenne doivent tenir compte de la représentativité des candidats et de leur implication dans la campagne. Le principe d’égalité oblige à une égalité stricte des temps de paroles à la seconde près.

Les chaînes se doivent de respecter ces règles imposées par le CSA. Pour la période d’équité, cela n’empêche pas la diffusion de documentaires politiques. Pierre Block de Firberg, directeur des nouveaux contenus et de l’innovation de France Télévision, explique qu’il faut équilibrer les différentes tendances pour respecter « un équilibre relatif en fin d’année ». Si comme nous l’explique Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, « le documentaire est le genre par excellence du service public », il devient impossible de proposer des documentaires politiques à partir de mars-avril. Dans cette période de stricte égalité « il vaut mieux éviter de diffuser des choses comme ça » regrette Pierre Block de Firberg. Ces règles strictes du CSA sont fortement critiquées et, de l’aveu même de Nathalie Sonnac, conseillère au CSA, « nombreux sont ceux qui veulent faire bouger les lignes ». Dana Hastier est l’une d’entre elle : « je trouve ça dommage qu’on soit obligée de s’arrêter si tôt dans l’année 2017 » déplore-t-elle.

Peu de changements pour les documentaires non politiques en période électorale

Si la programmation de documentaires politiques est plus importante en période électorale, certaines chaînes comme France O ou France 5 décident de se différencier et de ne pas en proposer de documentaires. Interrogée sur l’intérêt porté par France 5 pour les documentaires politiques, Nathalie Darrigrand, sa directrice exécutive, avoue que « la partie sur la présidentielle est beaucoup traitée avec les magazines, […] donc non, on ne compte pas trop en faire ». Les temps de fabrication sont tels que la campagne n’a pas d’influence ni sur le choix des documentaires qui commencent à être produits, ni sur leurs sujets. Tous nos interlocuteurs s’accordent sur ce point. Cela concerne aussi la fiction. Marie Guillaumond, directrice artistique adjointe pour les fictions de TF1, reconnaît que, concernant les fictions de sa chaîne, la campagne électorale « ça ne change rien ».

Les documentaires peuvent être influencés par les thèmes abordés par une campagne électorale mais cela n’est souvent pas volontaire. Anne Georget décrit le travail de documentariste comme celui de « regarder une réalité [et] trouver un angle bien particulier ». Le documentaire « va être inspiré par ce qu’il voit » donc des thèmes abordés par une campagne électorale peuvent s’immiscer dans un film de ce genre. De même, un documentaire peut suivre des protagonistes qui n’étaient pas supposés s’engager puis qui se retrouvent au beau milieu d’une campagne électorale. C’est par exemple le cas de Nora Philippe, réalisatrice d’un film sur des féministes aux États-Unis qui se sont engagées contre la campagne « sexiste, offensive et archaïque » de Trump.

Ce qui compte ce n’est pas tellement la campagne mais plutôt le résultat de l’élection

Ce qui influence le plus le documentaire, c’est donc dans une certaine mesure la campagne. Mais c’est surtout le résultat de l’élection et les politiques culturelles du candidat élu. Comme l’explique Catherine Ulmer, un résultat électoral « ne change pas le rapport à notre travail mais le rapport à notre statut » déplorant qu’un seul candidat ait prononcé le mot artiste dans la campagne électorale.

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